Nous n’osons pas toujours prendre notre place parce que plusieurs mécanismes peuvent nous retenir : la peur du jugement, le manque de confiance, le sentiment d’illégitimité, le perfectionnisme, certaines croyances sur nous-mêmes, l’habitude de nous effacer et la difficulté à décider.
Oser prendre sa place ne signifie pas devenir plus bruyant, s’imposer ou prendre celle des autres.
Cela signifie oser exprimer ce que l’on pense, reconnaître sa valeur, poser ses limites, faire ses choix et agir davantage en accord avec ce qui compte pour soi.
Vous pouvez avoir des idées, des compétences, de l’expérience et malgré tout vous retenir.
Vous hésitez.
Vous doutez.
Vous vous demandez ce que les autres vont penser.
Vous attendez parfois d’être davantage préparé, plus compétent ou simplement plus sûr de vous.
Et les jours passent.
Vous continuez à avancer dans votre vie, mais avec cette impression persistante de ne pas exprimer pleinement ce que vous portez en vous.
Comprendre ce qui vous retient est donc une première étape.
Oser prendre sa place, pour avancer dans la vie et se libérer de ce qui nous retient.
Voici les 7 obstacles qui peuvent vous empêcher de prendre pleinement votre place.
1. La peur du jugement.
Quand le regard des autres nous empêche d’agir
Imaginez une situation simple.
Vous êtes en réunion.
Une question est posée.
Vous avez une idée.
Vous pensez même qu’elle pourrait apporter quelque chose d’intéressant à la discussion.
Mais avant de prendre la parole, plusieurs pensées surgissent.
« Et si je disais une bêtise ? »
« Et si mon idée n’était pas pertinente ? »
« Que vont-ils penser de moi ? »
« Quelqu’un va probablement trouver une meilleure réponse. »
Vous attendez.
Une autre personne intervient.
La discussion avance et votre idée reste inexprimée.
En sortant de la réunion, vous ressentez peut-être une certaine frustration.
Vous auriez voulu parler.
Vous auriez pu contribuer.
Mais vous vous êtes retenu.
Cette situation illustre un obstacle fréquent : la peur du jugement.
Nous accordons parfois une importance considérable à l’image que les autres peuvent avoir de nous.
Nous voulons être appréciés, reconnus et considérés comme compétents.
Ce besoin de reconnaissance est humain.
Mais lorsqu’il devient trop important, il peut finir par limiter nos comportements.
Nous cherchons à éviter toute situation susceptible de provoquer une critique, un désaccord ou un rejet.
Nous préférons alors ne rien dire plutôt que de prendre le risque de nous tromper.
Pourtant, prendre sa place ne signifie pas être systématiquement approuvé.
Cela signifie aussi accepter que nos idées puissent être discutées, que nos décisions puissent être contestées et que notre manière d’être ne corresponde pas toujours aux attentes des autres.
Vous pouvez respecter l’opinion des autres sans lui confier entièrement la direction de votre vie.
La prochaine fois que vous hésiterez à prendre la parole, posez-vous une question :
« Est-ce que je garde le silence parce que je n’ai rien à apporter, ou parce que j’ai peur de ce que les autres pourraient penser ? »
Cette distinction peut changer votre manière d’aborder la situation.
2. Le manque de confiance.
Attendre d’être prêt pour prendre sa place
Combien de fois avez-vous reporté une décision en vous disant :
« Je le ferai quand j’aurai davantage confiance en moi. »
Vous attendez de vous sentir prêt.
Vous cherchez à acquérir de nouvelles compétences.
Vous vous renseignez, vous préparez, vous réfléchissez.
Et malgré tous vos efforts, le doute reste présent.
Vous avez toujours l’impression qu’il vous manque quelque chose.
Une formation supplémentaire.
Une expérience de plus.
Une confirmation extérieure.
Vous finissez par croire que vous devez d’abord posséder une confiance solide avant de pouvoir agir.
Mais la confiance ne fonctionne pas toujours ainsi.
Elle peut aussi se construire à travers l’expérience.
Lorsque vous réalisez une action, vous découvrez ce dont vous êtes capable.
Vous observez ce qui fonctionne.
Vous apprenez de vos erreurs.
Vous développez progressivement de nouveaux repères.
Prenons l’exemple d’une personne qui souhaite apprendre à parler en public.
Elle peut lire tous les ouvrages consacrés à la prise de parole.
Elle peut regarder des conférences, suivre des formations et apprendre différentes techniques.
Mais tant qu’elle ne s’exerce pas, elle ne peut pas réellement découvrir comment elle réagit face à un auditoire.
C’est en pratiquant progressivement qu’elle pourra développer son aisance.
Il en va de même lorsque nous cherchons à prendre notre place.
Nous pouvons commencer par de petites actions adaptées à notre situation.
Exprimer une opinion.
Prendre une décision personnelle.
Oser poser une question.
Faire une proposition.
Chaque expérience peut devenir une occasion d’apprendre.
Vous n’avez pas besoin d’attendre une confiance parfaite pour commencer. Vous pouvez commencer à agir pour construire votre confiance.
3. Le sentiment d’illégitimité.
Croire que les autres ont davantage leur place que nous
Il arrive que nous possédions les compétences nécessaires pour accomplir quelque chose, mais que nous ne nous sentions pas légitimes pour autant.
Nous observons les autres.
Nous admirons leur assurance, leur aisance ou leur réussite.
Nous avons l’impression qu’ils savent exactement ce qu’ils font.
Et nous nous comparons.
« Ils sont meilleurs que moi. »
« Ils ont davantage d’expérience. »
« Je ne suis pas à leur niveau. »
« Qui suis-je pour prétendre faire cela ? »
Ces pensées peuvent nous conduire à minimiser nos propres capacités.
Nous oublions nos expériences, nos réussites et les difficultés que nous avons déjà surmontées.
Nous accordons davantage d’importance à ce qui nous manque qu’à ce que nous possédons.
Cette impression alimente souvent une autre peur : celle de ne jamais être suffisamment compétent ou préparé.
J’ai consacré un article complet à la peur de ne pas être à la hauteur.
Le problème, c’est que nous comparons souvent notre expérience intérieure, avec ses doutes et ses incertitudes, à ce que les autres montrent extérieurement.
Nous voyons leur assurance.
Mais nous ne connaissons pas nécessairement leurs hésitations.
Nous observons leurs résultats.
Mais nous ne voyons pas toujours le chemin qu’ils ont parcouru.
Cette comparaison peut nous conduire à une conclusion injustifiée : les autres auraient davantage le droit que nous d’occuper certaines places.
Pourtant, la légitimité ne repose pas uniquement sur un sentiment.
Elle peut aussi s’appuyer sur des éléments concrets : nos compétences, nos connaissances, notre expérience et notre capacité à apporter une contribution.
Il ne s’agit pas de prétendre tout savoir.
Il s’agit de reconnaître honnêtement ce que nous savons faire et ce que nous pouvons apporter.
Un exercice pour retrouver des repères
Prenez une feuille et répondez à ces trois questions :
- Quelles sont les trois situations difficiles que j’ai déjà réussi à traverser ?
- Quelles compétences ai-je développées au cours de mon existence ?
- Dans quelles situations les autres font-ils appel à moi ?
Relisez vos réponses.
Vous découvrirez peut-être que vous disposez de davantage de ressources que vous ne le pensez.
Et si certaines compétences vous manquent réellement, vous pouvez identifier celles que vous souhaitez développer.
L’objectif n’est pas de vous convaincre artificiellement que vous êtes capable de tout.
C’est de porter un regard plus juste sur vos capacités.
4. Le perfectionnisme.
Vouloir être irréprochable avant d’oser
Le perfectionnisme peut parfois prendre l’apparence d’une qualité.
Nous voulons bien faire.
Nous préparons soigneusement nos projets.
Nous cherchons à produire un travail de qualité.
Nous voulons éviter les erreurs.
Cette exigence peut être utile.
Mais elle devient un obstacle lorsqu’elle nous empêche d’agir.
Nous repoussons une décision parce que nous ne disposons pas de toutes les informations.
Nous retardons un projet parce qu’il n’est pas encore parfait.
Nous refusons une opportunité parce que nous ne nous estimons pas suffisamment préparés.
Nous recommençons sans cesse ce que nous avons déjà réalisé.
Et finalement, nous ne passons jamais à l’action.
Le perfectionnisme peut alors devenir une manière de nous protéger.
Tant que nous ne présentons pas notre travail, personne ne peut le critiquer.
Tant que nous ne prenons pas de décision, nous ne risquons pas de nous tromper.
Tant que nous ne commençons pas, nous pouvons continuer à imaginer un résultat parfait.
Mais cette protection a un coût.
Elle nous empêche d’expérimenter, d’apprendre et de progresser.
Prendre sa place suppose d’accepter que nous puissions agir sans tout maîtriser.
Cela ne signifie pas agir avec négligence.
Cela signifie reconnaître qu’une préparation suffisante est parfois préférable à une préparation interminable.
Posez-vous cette question :
« Est-ce que je cherche réellement à améliorer mon travail, ou est-ce que je repousse le moment de le confronter à la réalité ? »
Si vous constatez que vous êtes prêt à avancer, choisissez une première version, une première décision ou une première action.
Vous pourrez toujours l’améliorer ensuite.
5. Les croyances limitantes.
Ces petites phrases qui définissent notre place à notre insu.
Depuis notre enfance, nous construisons une certaine représentation de nous-mêmes.
Cette représentation se développe à travers nos expériences, notre éducation, nos réussites, nos difficultés et les messages que nous recevons.
Certaines idées nous encouragent.
D’autres peuvent progressivement limiter ce que nous nous autorisons à faire.
« Je ne suis pas quelqu’un qui prend la parole. »
« Je n’ai jamais été très sûr de moi. »
« Je ne suis pas fait pour diriger. »
« Je suis trop vieux pour commencer. »
« Je n’ai pas le caractère qu’il faut. »
À force de répéter ces phrases, nous pouvons finir par les considérer comme des vérités définitives.
Nous ne décrivons plus simplement une difficulté actuelle.
Nous en faisons une caractéristique permanente de notre identité.
Pourtant, il existe une différence importante entre dire :
« Je ne suis pas capable de prendre la parole. »
Et dire :
« Aujourd’hui, j’ai des difficultés à prendre la parole, mais je peux apprendre. »
La première formulation enferme.
La seconde ouvre une possibilité.
Cela ne signifie pas que toutes nos limites peuvent disparaître par la seule volonté.
Certaines contraintes sont réelles.
Mais il est utile de distinguer ce qui constitue une impossibilité objective de ce qui relève d’une habitude, d’une peur ou d’une compétence encore peu développée.
Un exercice simple
Identifiez une phrase que vous répétez régulièrement à votre sujet.
Par exemple :
« Je ne sais pas m’affirmer. »
Demandez-vous ensuite :
« Est-ce toujours vrai ? »
« Existe-t-il des situations dans lesquelles j’ai déjà réussi à m’affirmer ? »
« Qu’est-ce que je pourrais apprendre pour progresser ? »
Remplacez votre affirmation définitive par une formulation plus précise :
« J’ai encore des difficultés à m’affirmer dans certaines situations, mais je peux développer cette capacité. »
Vous ne niez pas votre difficulté.
Vous cessez simplement d’en faire une identité immuable.
6. L’habitude de s’effacer.
Quand les besoins des autres passent toujours avant les nôtres.
Certaines personnes ont appris très tôt à être disponibles, à rendre service et à répondre aux attentes.
Elles sont fiables.
Elles assument leurs responsabilités.
Elles font attention aux autres.
Ce sont des qualités précieuses.
Mais lorsqu’elles deviennent systématiques, elles peuvent conduire à négliger ses propres besoins.
Vous acceptez une demande alors que vous êtes déjà débordé.
Vous renoncez à un projet pour ne pas déranger.
Vous évitez d’exprimer un désaccord pour préserver la tranquillité.
Vous laissez les autres décider parce que cela vous semble plus simple.
Progressivement, vous pouvez finir par organiser votre existence principalement autour des attentes de votre entourage.
Et lorsque vous envisagez de faire un choix personnel, vous ressentez de la culpabilité.
Vous avez l’impression d’être égoïste.
Pourtant, prendre sa place ne signifie pas cesser de penser aux autres.
Cela signifie reconnaître que vos besoins, vos aspirations et vos limites méritent également d’être pris en considération.
Vous pouvez être généreux sans être constamment disponible.
Vous pouvez être attentif sans renoncer à vos propres décisions.
Vous pouvez aimer les autres sans leur laisser définir l’ensemble de votre existence.
Apprendre à prendre sa place passe donc aussi par l’affirmation de soi.
Si c’est précisément ce qui vous pose problème, vous pouvez lire Pourquoi tu n’arrives pas à t’affirmer.
Commencez par observer les situations dans lesquelles vous dites oui alors que vous aimeriez dire non.
Vous n’avez pas besoin de bouleverser immédiatement toutes vos relations.
Vous pouvez simplement apprendre à prendre quelques instants avant de répondre.
Par exemple :
« Je vais vérifier si cela m’est possible avant de te répondre. »
Cette phrase vous permet de sortir de la réponse automatique.
Elle vous redonne un espace pour choisir.
Prendre sa place, ce n’est pas prendre celle des autres. C’est aussi cesser de s’oublier.
7. L’indécision.
Qand nous laissons les circonstances choisir à notre place.
Nous pouvons connaître nos aspirations et continuer à ne pas agir.
Pourquoi ?
Parce que choisir implique parfois de renoncer à d’autres possibilités.
Une décision peut comporter des risques.
Elle peut provoquer un désaccord.
Elle peut nous obliger à assumer une responsabilité.
Nous cherchons alors à obtenir davantage d’informations.
Nous demandons conseil.
Nous comparons les options.
Nous imaginons les conséquences possibles.
Et nous recommençons.
À force de réfléchir, nous pouvons finir par nous retrouver paralysés.
Le problème n’est pas la réflexion en elle-même.
Prendre le temps d’analyser une décision importante est nécessaire.
Mais lorsque nous cherchons à supprimer toute incertitude avant de choisir, nous risquons de ne jamais avancer.
Car certaines réponses ne peuvent apparaître qu’à travers l’expérience.
Il faut parfois accepter de choisir une direction raisonnable avec les informations disponibles, puis d’ajuster son parcours.
Cette capacité à ne plus laisser systématiquement la peur, le doute ou les circonstances décider à notre place fait partie de ce que j’appelle le Leadership Intérieur : apprendre progressivement à se conduire soi-même avant de chercher à maîtriser ce qui nous entoure.
Cela ne signifie pas prendre des décisions irréversibles à la légère.
Cela signifie apprendre à distinguer les décisions qui exigent une analyse approfondie de celles qui peuvent être expérimentées progressivement.
Pour commencer, identifiez une décision que vous reportez depuis longtemps.
Puis demandez-vous :
- Quelles informations me manquent réellement ?
- Qu’est-ce que je risque concrètement ?
- Cette décision est-elle réversible ?
- Quel petit pas me permettrait de tester cette direction ?
Vous découvrirez peut-être qu’il n’est pas nécessaire de résoudre toutes les incertitudes pour commencer à avancer.
Ne pas décider peut aussi avoir des conséquences : celles de laisser le temps et les circonstances déterminer la suite de notre histoire.
8. Comment commencer à prendre votre place ?
Nous venons d’explorer sept obstacles :
La peur du jugement.
Le manque de confiance.
Le sentiment d’illégitimité.
Le perfectionnisme.
Les croyances limitantes.
L’habitude de s’effacer.
L’indécision.
Vous vous êtes peut-être reconnu dans plusieurs d’entre eux.
Mais vouloir tout changer en même temps serait probablement une erreur.
Prendre sa place ne commence pas par une transformation spectaculaire.
Cela commence souvent par une situation précise dans laquelle vous décidez de ne plus réagir exactement comme avant.
Choisissez donc un seul domaine.
Une conversation que vous repoussez.
Une limite que vous n’osez pas poser.
Une opinion que vous gardez habituellement pour vous.
Une décision que vous reportez.
Une action que vous n’osez pas entreprendre.
Puis posez-vous trois questions.
1. Qu’est-ce qui me retient réellement dans cette situation ?
Est-ce le regard des autres ?
Le doute ?
La peur de me tromper ?
Le besoin d’être approuvé ?
2. Que ferait la personne que je veux devenir ?
Pas une personne parfaite.
Pas quelqu’un qui n’a plus peur.
Simplement quelqu’un qui décide de ne plus laisser systématiquement cette peur choisir à sa place.
3. Quelle petite action puis-je poser dans les prochaines 24 heures ?
Parler.
Dire non.
Faire une proposition.
Envoyer un message.
Prendre une décision.
Commencer.
L’action peut sembler minuscule.
Mais elle produit quelque chose d’essentiel :
une preuve.
La preuve que vous pouvez agir malgré le doute.
La preuve que vous pouvez vous exprimer.
La preuve que vous pouvez commencer à vous faire davantage confiance.
C’est ainsi que prendre sa place cesse progressivement d’être une idée.
Cela devient un comportement.
Puis une manière de se conduire.
Oser prendre sa place, c’est dire non à ce qui nous retient. C’est oser briller, oser l’audace, mais aussi accepter de se rendre visible aux yeux des autres.
Pour aller plus loin : 21 jours pour Reprendre sa place
Comprendre pourquoi vous vous retenez est important.
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