Il arrive un moment où le problème n’est plus de savoir ce que l’on veut, mais d’accepter ce que ce choix exige de nous.
Vous savez peut-être depuis longtemps qu’une situation ne vous convient plus.
Qu’une décision doit être prise.
Qu’une limite doit être posée.
Qu’un projet mérite enfin une vraie place.
Qu’une habitude vous éloigne de la personne que vous voulez devenir.
Et pourtant, vous continuez à discuter intérieurement.
« Je verrai plus tard. »
« Ce n’est peut-être pas le bon moment. »
« Je devrais encore réfléchir. »
« Ce n’est finalement pas si important. »
« Peut-être que la situation va changer toute seule. »
À force de négocier, nous pouvons finir par vivre très longtemps à côté de ce que nous savons pourtant vouloir.
Choisir l’Excellence commence parfois le jour où nous décidons de ne plus remettre en discussion chaque fois que cela devient difficile ce que nous avons reconnu comme essentiel.
Pourquoi négocions-nous avec ce que nous voulons vraiment ?
Parce que vouloir quelque chose clairement crée une responsabilité.
Tant que vous hésitez, plusieurs possibilités restent ouvertes.
Vous pouvez attendre.
Reporter.
Changer d’avis.
Vous dire que vous n’êtes pas encore prêt.
Mais lorsque vous reconnaissez clairement : « Voilà ce que je veux. »
une autre question apparaît : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
Et cette question peut être inconfortable.
Parce qu’elle nous rapproche de l’action.
Nous ne négocions pas toujours parce que nous manquons de clarté.
C’est une distinction importante.
Parfois, nous ne savons réellement pas quoi choisir.
Il faut alors réfléchir.
Chercher des informations.
Prendre du recul.
Explorer.
Mais d’autres fois, nous savons déjà.
Nous savons que nous devons dire non.
Nous savons qu’une décision doit être prise.
Nous savons qu’une situation a trop duré.
Nous savons que ce projet compte.
Nous savons qu’un comportement doit changer.
Ce qui manque n’est plus nécessairement la clarté.
C’est l’acceptation des conséquences du choix.
Et c’est très différent.
Chaque choix possède un prix.
Nous aimerions parfois obtenir ce que nous voulons sans renoncer à ce qui nous retient.
Changer sans inconfort.
Prendre notre place sans risquer de déplaire.
Dire non sans que personne ne soit déçu.
Choisir une direction sans fermer aucune autre possibilité.
Commencer un projet sans perdre de temps ailleurs.
Mais choisir implique souvent un renoncement.
Si vous dites oui à quelque chose d’important, vous devrez probablement dire non à autre chose.
Si vous protégez davantage votre temps, certaines personnes devront accepter que vous soyez moins disponible.
Si vous choisissez une direction, d’autres resteront momentanément de côté.
C’est souvent ici que commence la négociation intérieure.
Nous voulons le résultat.
Mais nous discutons encore le prix.
Cesser de négocier ne signifie pas agir impulsivement.
Il faut être très clair sur ce point.
Cesser de négocier avec ce que l’on veut vraiment ne signifie pas :
prendre une décision importante sur un coup de tête ;
refuser toute remise en question ;
ignorer les conséquences ;
s’entêter lorsqu’une nouvelle information montre que nous nous trompons.
L’Excellence Personnelle n’est pas l’entêtement.
Elle demande au contraire de rester lucide.
Vous pouvez changer de direction lorsque les faits changent.
Vous pouvez reconnaître une erreur.
Vous pouvez revoir une décision.
Mais ce n’est pas la même chose que remettre systématiquement en cause une décision juste uniquement parce qu’elle devient inconfortable.
La négociation intérieure prend souvent des formes raisonnables.
Elle est rarement spectaculaire.
Elle ressemble plutôt à ceci :
« Aujourd’hui, je suis fatigué. »
« Je commencerai lundi. »
« Ce n’est qu’une fois. »
« Je peux encore attendre quelques semaines. »
« Je vais demander un dernier avis. »
« Je dois être certain à 100 %. »
Pris séparément, chacun de ces arguments peut être légitime.
Mais lorsqu’ils reviennent continuellement, il faut regarder ce qui se passe réellement.
Cherchez-vous une meilleure décision ?
Ou cherchez-vous une raison supplémentaire de ne pas l’assumer ?
C’est souvent ce mécanisme qui nourrit la sur-réflexion. J’en parle également dans Pourquoi trop réfléchir t’empêche d’avancer : réfléchir aide tant qu’elle clarifie ; au-delà d’un certain point, elle peut devenir une manière de retarder l’action.
Ce que vous dites vouloir doit finir par apparaître dans vos choix.
Vous dites vouloir écrire.
Mais votre agenda ne contient jamais de temps pour écrire.
Vous dites vouloir davantage de sérénité.
Mais vous acceptez continuellement des engagements que vous ne voulez pas prendre.
Vous dites vouloir prendre davantage votre place.
Mais vous laissez toujours les autres choisir avant vous.
Vous dites vouloir changer.
Mais vous protégez chaque habitude qui maintient votre ancienne vie en place.
Il arrive alors un moment où la question n’est plus : « Qu’est-ce que je veux ? »
Mais : « Est-ce que mes choix montrent réellement que je le veux ? »
C’est une question plus exigeante.
Parce qu’elle quitte le domaine des intentions.
Elle regarde les faits.
Nous pouvons être très convaincants avec nous-mêmes.
Nous sommes capables de produire d’excellentes raisons pour ne pas faire ce que nous avions décidé.
Nous savons rationaliser.
Justifier.
Reporter.
Réinterpréter.
Un engagement clair le dimanche peut devenir beaucoup moins important le mardi soir.
Une limite évidente dans le calme peut soudain sembler excessive lorsque quelqu’un manifeste sa déception.
Une décision mûrement réfléchie peut redevenir incertaine dès que le doute revient.
C’est pour cela que les standards sont utiles.
Ils permettent de ne pas recommencer toute la discussion chaque fois que l’émotion change.
Un standard évite de renégocier chaque jour.
Imaginez que vous ayez décidé : « Je protège deux heures par semaine pour écrire. »
Sans standard, chaque séance devient négociable.
Ai-je envie ?
Est-ce vraiment le bon moment ?
Ne pourrais-je pas faire autre chose ?
Avec un standard, une partie de la discussion disparaît.
Vous avez déjà choisi.
Cela ne signifie pas que vous ne pourrez jamais modifier votre organisation.
Cela signifie simplement que vous ne remettez plus votre engagement en cause pour une raison différente chaque semaine.
C’est l’une des dimensions de Choisir l’Excellence : transformer ce que l’on reconnaît comme important en décisions suffisamment claires pour commencer à structurer notre manière de vivre.
Il arrive un moment où réfléchir davantage n’apporte plus rien.
Certaines décisions demandent du temps.
Mais toutes les décisions ne deviennent pas meilleures parce que nous leur consacrons trois semaines supplémentaires.
Parfois, nous avons les informations nécessaires.
Les avantages sont connus.
Les risques aussi.
Nous savons ce qui compte.
Et pourtant nous continuons à tourner autour.
Parce que nous cherchons quelque chose qui n’existe peut-être pas : une décision sans incertitude.
Or choisir implique souvent de commencer avant de connaître toute la suite.
C’est pourquoi l’action imparfaite est parfois plus utile qu’une réflexion parfaite : agir permet d’obtenir des informations que la réflexion seule ne pouvait pas fournir.
Ce que vous ne choisissez pas continue également à produire des conséquences.
Nous pensons parfois que reporter une décision nous laisse dans une situation neutre.
Ce n’est pas toujours vrai.
Ne pas poser une limite maintient une situation.
Ne pas décider laisse les circonstances décider.
Ne pas commencer repousse encore le projet.
Ne pas dire ce que vous pensez renforce parfois l’habitude de vous taire.
Ne pas choisir est donc parfois déjà un choix.
Un choix par défaut.
Et lorsque ce fonctionnement dure suffisamment longtemps, nous pouvons nous retrouver dans une vie que nous n’avons jamais vraiment décidée.
Pas parce qu’un grand événement nous y a conduits.
Mais parce que nous avons reporté suffisamment de petits choix.
Cesser de négocier, c’est aussi accepter de déplaire parfois.
Certaines négociations intérieures viennent du regard des autres.
Vous savez ce que vous voulez faire.
Puis vous imaginez la réaction.
« Que va-t-il penser ? »
« Va-t-elle être déçue ? »
« Vont-ils comprendre ? »
Et soudain, votre décision vous paraît moins claire.
Prendre en compte les autres est important.
Mais prendre en compte ne signifie pas leur remettre systématiquement le pouvoir de décider.
Il existe des moments où vous devrez accepter qu’une décision juste pour vous ne convienne pas parfaitement à tout le monde.
Ce n’est pas nécessairement de l’égoïsme.
C’est parfois simplement exercer votre responsabilité.
La vraie question : qu’avez-vous déjà décidé intérieurement ?
Prenez un instant.
Pensez à une chose importante que vous reportez.
Puis oubliez quelques secondes toutes les raisons pour lesquelles vous ne l’avez pas encore faite.
Demandez-vous : « Si je cessais d’avoir peur des conséquences, qu’est-ce que je sais déjà ? »
La réponse peut être intéressante.
Peut-être découvrirez-vous que votre problème n’est pas de ne pas savoir.
Mais de ne pas encore avoir accepté ce que votre réponse implique.
Comment arrêter de négocier avec ce qui compte réellement ?
Commencez par une seule situation c’est aussi ça, savoir ce que l’on veut.
Pas toute votre vie.
1. Écrivez clairement ce que vous voulez
Une phrase.
Pas une réflexion de trois pages.
« Je veux… »
Soyez précis.
2. Identifiez ce qui vous fait renégocier.
La peur de décevoir ?
L’effort ?
L’incertitude ?
Le regard des autres ?
La perte d’une possibilité ?
La peur de vous tromper ?
3. Identifiez le prix réel du choix.
Qu’allez-vous devoir accepter ?
Renoncer à quelque chose ?
Réorganiser votre temps ?
Avoir une conversation ?
Supporter un inconfort ?
4. Décidez ce qui n’est plus négociable.
Quel engagement voulez-vous protéger ?
Quelle limite ?
Quel comportement ?
Quelle priorité ?
5. Créez une première preuve.
Dans les prochaines 24 heures.
Envoyer le message.
Bloquer le temps.
Dire non.
Prendre le rendez-vous.
Commencer.
Décider.
Une action suffisamment concrète pour que votre choix commence à exister ailleurs que dans votre tête.
Vous n’avez pas besoin de négocier avec vous-même jusqu’à l’épuisement.
Il existe des moments où il faut encore réfléchir.
Et d’autres où réfléchir davantage devient une manière de fuir ce que nous savons.
Apprendre à faire la différence est précieux.
Parce qu’à force de négocier avec tout, nous pouvons finir par fragiliser notre propre parole.
Nous nous promettons quelque chose.
Puis nous revenons dessus.
Nous décidons.
Puis nous redécidons.
Nous avançons.
Puis nous revenons immédiatement en arrière.
À force, nous finissons par ne plus savoir si nous pouvons réellement compter sur nous-mêmes.
L’inverse est également vrai.
Chaque fois que vous assumez un choix important, vous créez une preuve.
Ma parole envers moi-même peut avoir du poids.
Le jour où quelque chose cesse d’être négociable.
Il ne se passe pas nécessairement quelque chose de spectaculaire.
Vous ne devenez pas soudainement une autre personne.
Vous avez toujours des doutes.
Vous pouvez toujours ressentir de la peur.
Mais une chose change : vous cessez de demander chaque jour la permission de poursuivre ce que vous avez déjà reconnu comme important.
Vous avez choisi.
Maintenant, vous construisez.
Vous ajusterez si nécessaire.
Vous corrigerez si les faits l’exigent.
Mais vous ne confondrez plus chaque inconfort avec une raison d’abandonner.
C’est peut-être cela, au fond, choisir l’Excellence : cesser de négocier continuellement avec ce que l’on sait juste pour soi et commencer à donner à ses choix une place réelle dans sa vie.
Savoir ce que l’on veut.
Cette étape — Choisir — occupe naturellement une place centrale dans mon livre Choisir l’Excellence.
À travers 18 chapitres organisés en cinq mouvements — Ouvrir les yeux, Choisir, Se construire, Faire face, Incarner —, j’y explore ce moment où comprendre ne suffit plus et où nous devons commencer à assumer ce que nous voulons construire.
Choisir l’Excellence : choisir consciemment la manière dont vous voulez vous construire, vous tenir et conduire votre vie.




